Lot n° : 596 | Estimation : 1200 - 1500€
ESTIENNE (Robert). Biblia. Parisiis, ex officina Roberti Stephani, 1528.
In-folio de [10] ff. dont le titre, 394 ff. (mal ch. 390), [90] ff.
Veau brun, dos à nerfs, caissons ornés du monogramme au double C couronné encadré de deux couleuvres, pièce de titre, armes dorées au centre des plats, tranches rouges (reliure du XVIIe siècle). Reliure très endommagée avec manques de cuir, coiffes manquantes, mors fendus, coins émoussés, cuir craquelé.
Première édition in-folio de la grande Bible latine de Robert I Estienne (1503-1559), monument fondateur de l’érudition biblique humaniste et première œuvre majeure de l’imprimeur parisien (Renouard, p. 27, n° 1). Publiée en 1528 d’après la Vulgate de saint Jérôme, cette édition est le fruit d’un travail critique exceptionnel, mené sur près de dix années, fondé sur la collation des plus anciens manuscrits de la Bibliothèque royale et de grandes abbayes parisiennes, ainsi que sur les éditions imprimées et la Polyglotte d’Alcalá.
Robert Estienne y introduit des innovations décisives : sommaires en tête des chapitres, concordances et variantes marginales en regard du texte hébreu, rétablissement des noms propres chaldéens, hébreux, grecs et latins, et surtout un vaste 'Index nominum' multilingue destiné à mettre fin à l’instabilité des transcriptions. Cette Bible compte parmi les premières tentatives rigoureuses d’édition critique de la Vulgate et annonce la division en versets numérotés que Robert Estienne fixera définitivement dans son édition de 1555.
L’ouvrage, imprimé sur deux colonnes, est également un chef-d’œuvre typographique. Il présente pour la première fois la grande marque à l’olivier de Robert Estienne, gravée sur bois et signée de la croix de Lorraine, presque à pleine page au titre, ainsi que les remarquables lettrines criblées de Geoffroy Tory, utilisées ici pour la première fois. Le soin extrême apporté tant au texte qu’à la forme établit immédiatement Estienne comme la figure majeure du livre parisien de son temps.
Protégé par François I??, qui le nomma imprimeur royal pour les langues hébraïque, latine puis grecque, Robert Estienne n’en fut pas moins violemment attaqué par la Sorbonne, malgré le privilège royal accordé en 1527. Cette Bible inaugure une série d’éditions scripturaires qui marquèrent toute sa carrière et firent de lui l’un des plus grands artisans du renouveau des études bibliques à la Renaissance.
Le cartouche de titre et la maque de libraire au feuillet de titre ont été ici rehaussés (coloris anciens) avec ajout en marge inférieure de la page d'un dessin original peint en couleurs représentant un sacré cœur dans une couronne laurée. Feuillet de titre détaché et déchiré en marge intérieure, sans perte de texte.
Intéressante double provenance : Aux armes de Jacques Nicolas COLBERT, second fils de Jean-Baptiste, le célèbre ministre de Louis XIV (1655-1707). Il reçut l'abbaye du Bec au diocèse de Rouen et le riche prieuré de La Charité-sur-Loire au diocèse de Nevers. Il se fit recevoir docteur en théologie à Paris et entra à l'Académie française le 3 novembre 1678 et à celle des inscriptions et belles-lettres dont il fut l'un des fondateurs. Nommé coadjuteur de l'archevêque de Rouen en février 1680, il fut sacré archevêque de Carthage, in partibus, le 4 août suivant et gouverna dès cette époque le diocèse de Rouen dont il devint titulaire le 27 janvier 1691. Jacques-Nicolas Colbert avait hérité de la splendide collection de son père mais il eut aussi sa bibliothèque propre à Rouen. (O.H.R. 1298, fer n°3). Ex-libris manuscrit de Charles de Pradel (1644-1696), évêque de Montpellier. Son successeur à l'évêché de Montpellier n'est autre que Charles-Joachim Colbert de Croissy (1667-1738), neveu de Jean-Baptiste Colbert et donc cousin de Jacques Nicolas Colbert.
Lot n° : 596
Estimation : 1200 - 1500 €
ESTIENNE (Robert). Biblia. Parisiis, ex officina Roberti Stephani, 1528.
In-folio de [10] ff. dont le titre, 394 ff. (mal ch. 390), [90] ff.
Veau brun, dos à nerfs, caissons ornés du monogramme au double C couronné encadré de deux couleuvres, pièce de titre, armes dorées au centre des plats, tranches rouges (reliure du XVIIe siècle). Reliure très endommagée avec manques de cuir, coiffes manquantes, mors fendus, coins émoussés, cuir craquelé.
Première édition in-folio de la grande Bible latine de Robert I Estienne (1503-1559), monument fondateur de l’érudition biblique humaniste et première œuvre majeure de l’imprimeur parisien (Renouard, p. 27, n° 1). Publiée en 1528 d’après la Vulgate de saint Jérôme, cette édition est le fruit d’un travail critique exceptionnel, mené sur près de dix années, fondé sur la collation des plus anciens manuscrits de la Bibliothèque royale et de grandes abbayes parisiennes, ainsi que sur les éditions imprimées et la Polyglotte d’Alcalá.
Robert Estienne y introduit des innovations décisives : sommaires en tête des chapitres, concordances et variantes marginales en regard du texte hébreu, rétablissement des noms propres chaldéens, hébreux, grecs et latins, et surtout un vaste 'Index nominum' multilingue destiné à mettre fin à l’instabilité des transcriptions. Cette Bible compte parmi les premières tentatives rigoureuses d’édition critique de la Vulgate et annonce la division en versets numérotés que Robert Estienne fixera définitivement dans son édition de 1555.
L’ouvrage, imprimé sur deux colonnes, est également un chef-d’œuvre typographique. Il présente pour la première fois la grande marque à l’olivier de Robert Estienne, gravée sur bois et signée de la croix de Lorraine, presque à pleine page au titre, ainsi que les remarquables lettrines criblées de Geoffroy Tory, utilisées ici pour la première fois. Le soin extrême apporté tant au texte qu’à la forme établit immédiatement Estienne comme la figure majeure du livre parisien de son temps.
Protégé par François I??, qui le nomma imprimeur royal pour les langues hébraïque, latine puis grecque, Robert Estienne n’en fut pas moins violemment attaqué par la Sorbonne, malgré le privilège royal accordé en 1527. Cette Bible inaugure une série d’éditions scripturaires qui marquèrent toute sa carrière et firent de lui l’un des plus grands artisans du renouveau des études bibliques à la Renaissance.
Le cartouche de titre et la maque de libraire au feuillet de titre ont été ici rehaussés (coloris anciens) avec ajout en marge inférieure de la page d'un dessin original peint en couleurs représentant un sacré cœur dans une couronne laurée. Feuillet de titre détaché et déchiré en marge intérieure, sans perte de texte.
Intéressante double provenance : Aux armes de Jacques Nicolas COLBERT, second fils de Jean-Baptiste, le célèbre ministre de Louis XIV (1655-1707). Il reçut l'abbaye du Bec au diocèse de Rouen et le riche prieuré de La Charité-sur-Loire au diocèse de Nevers. Il se fit recevoir docteur en théologie à Paris et entra à l'Académie française le 3 novembre 1678 et à celle des inscriptions et belles-lettres dont il fut l'un des fondateurs. Nommé coadjuteur de l'archevêque de Rouen en février 1680, il fut sacré archevêque de Carthage, in partibus, le 4 août suivant et gouverna dès cette époque le diocèse de Rouen dont il devint titulaire le 27 janvier 1691. Jacques-Nicolas Colbert avait hérité de la splendide collection de son père mais il eut aussi sa bibliothèque propre à Rouen. (O.H.R. 1298, fer n°3). Ex-libris manuscrit de Charles de Pradel (1644-1696), évêque de Montpellier. Son successeur à l'évêché de Montpellier n'est autre que Charles-Joachim Colbert de Croissy (1667-1738), neveu de Jean-Baptiste Colbert et donc cousin de Jacques Nicolas Colbert.